‘Édito’
Chaque semaine mon analyse des événements majeurs, et les perspectives de leur évolution.
10 septembre 2026
Conflit iranien : virage accentué vers le pétrole, et la pression économique mondiale.
La principale réplique aux bombardements massifs américano-israélien sur les infrastructures militaires iraniennes a consisté pour Téhéran à bloquer le détroit d’Ormuz. En bloquant le passage de 20% de la production mondiale de pétrole, le régime impactait fortement le prix du baril. Il tentait ainsi de peser sur l’économie mondiale, y compris de son allié, la Chine, dont 20% des importations pétrolières proviennent d’Iran. Cette pression a poussé le prix du baril au-dessus de 100 dollars, soit une augmentation de 30%. L’objectif iranien est d’obliger les pays industriels à faire pression sur Washington afin d’amener l’administration américaine à arrêter le conflit sur la base des conditions iraniennes. Au premier rang figure…. L’évacuation du sud Liban par l’armée israélienne…. La survie du Hezbollah reste une haute priorité pour Téhéran… !
En réponse le blocage, par la marine américaine, du trafic maritime iranien a permis d’introduire une souplesse réciproque, et une baisse substantielle du prix du baril d’environ 20%. Mais les représailles américaines début septembre sur des tankers iraniens, suite à des frappes menées par les gardiens de la révolution, ont fait monter les tensions. Le régime a durci ses restrictions sur le détroit d’Ormuz. En plus, depuis le Yémen, et sous l’incitation de Téhéran, les Houthis viennent de mener des frappes sur quatre installations pétrolières saoudiennes, au sud-ouest du pays, proches de la mer Rouge et ….de la frontière yéménite. Ces actions géographiquement combinées réduisent production et trafic pétrolier et tendent sérieusement le marché. Ce jeudi, le baril vient de dépasser107 dollars. En janvier de cette année, le prix du baril se situait autour de 65.
Répercussions volume et prix du baril
La sérieuse diminution des livraisons mondiales de pétrole a conduit l’instance internationale de l’énergie, en mars, à recommander de libérer 30% des stocks mondiaux. Les Etats-Unis ont décidé de mettre également à contribution leur stock stratégique (SPR). Ce dernier a atteint cette semaine 286 millions de barils, son plus bas niveau depuis novembre…1982 (!). Depuis 44 ans, le stock stratégique américain n’avait pas été aussi bas, pendant que les stocks commerciaux restent stables. Combien de temps Washington va-t-il pouvoir poursuivre cette option ?
La situation pétrolière, et donc économique, mondiale devient inquiétante. Il y a une course à l’affaiblissement réciproque, les exportations iraniennes étant elles-mêmes sous sanctions. Le 11 septembre le prix de l’essence en Iran va doubler pour les automobilistes consommant plus de 110 litres par mois…Une forte hausse de l’essence avait provoqué une forte révolte populaire en 2019. Qu’en sera-t-il cette fois-ci ?
Dans le reste du monde, l’augmentation des prix pétroliers, en dehors de l’impact à la pompe pour les particuliers, se diffuse dans l’ensemble du monde économique, par les transports, les plastiques, la chimie. Toute augmentation de prix sur un si vaste champ économique se traduit immanquablement par une hausse du taux d’inflation. Telle est la situation en Europe. Que fait la Banque Centrale devant une hausse de l’inflation ?
Impact sur les taux monétaires
Elle augmente son taux directeur pour abaisser le niveau de la demande économique globale, MÊME SI cette inflation ne provient pas d’un excès de la demande, mais de la hausse des prix par l’offre, en l’occurrence le prix de l’énergie… (les consommateurs ne demandent pas plus d’essence…)
Ce jeudi 10 septembre la BCE vient d’augmenter son taux de base de 0,25%… ! Ce faible mouvement aura un impact sur les ménages, les entreprises, et l’État aussi pour ses taux d’emprunt… L’activité économique en ralentissement par le prix de l’énergie, ralentira, aussi, par la hausse des taux…Double peine. La politique économique, et monétaire, a ses secrets…
Les États-Unis vont faire face aux mêmes difficultés, et choix, à 2 mois des élections de mi-mandat. La Banque Centrale américaine (FED) va être au centre d’une intense bataille, la Maison Blanche demandant à corps et à cris, une….baisse des taux… !
L’automne, aussi, va être chaud, des deux côtés de l’Atlantique (peut-être bientôt mer d’Amérique…). Le reste du monde n’échappera pas non plus à cette « rentrée » difficile, économiquement et politiquement. Quel va être cette fois-ci l’intermédiaire pour une négociation sérieuse entre Téhéran et Washington ? Pékin ? Ce n’est pas sûr. Affaiblir l’oncle Sam, peut être un choix.

