‘Édito’
Chaque semaine mon analyse des événements majeurs, et les perspectives de leur évolution.
24 septembre 2026
Le vote ‘démocratique’ russe….
Il est rare dans le domaine « éditorial » de proposer deux écrits de suite sur le même sujet. L’actualité internationale est vaste, et fournit la matière pour s’écarter de la Russie, dont le renouvellement du Parlement était le sujet du précédent éditorial. Mais, la réflexion se plaçait avant le scrutin, et proposait des critères à observer. Une semaine plus tard nous avons les résultats. La tentation est donc grande de poursuivre l’analyse….
En préambule, il est nécessaire de préciser que les chiffres, objets des réflexions qui vont suivre sont les données officielles transmises par l’administration russe. Nous savons qu’ils peuvent être contestés et contestables. Mais, il est difficile d’estimer les écarts possibles ou probables entre les données officielles et les chiffres réels, aussi bien pour le taux de participation que pour le pourcentage obtenu par le parti de Vladimir Poutine, Russie Unie. En conséquence, les chiffres officiels, contestés ou contestables, seront utilisés dans cette analyse.
La semaine passée, nous évoquions l’importance de regarder taux de participation et score.
Le taux de participation
Tout d’abord le taux de participation de 59% indique que les citoyens russes se sont officiellement déplacés plus en 2026 que dans les scrutins précédents de 2021 et 2016. Lors de ces deux renouvellements du parlement, le taux de participation était resté en dessous de 50%. Cet écart, positif, peut être interprété comme une ‘politisation’ plus grande de ce scrutin, dans la situation de guerre avec l’Ukraine, où le peuple russe paie le prix des morts et des blessés. La population russe aurait ainsi envoyé un signe d’implication citoyenne, en parallèle de sa très douloureuse implication militaire.
Le parti présidentiel
Concernant le pourcentage de voix obtenues par le parti « Russie Unie » de Vladimir Poutine, le chiffre officiel est de 58%. À nouveau, il s’agit du plus haut résultat obtenu au cours des 3 derniers scrutins. L’interprétation directe consisterait à constater une certaine forme de resserrement autour du parti du président dans les moments difficiles vécus par le pays. Mais il convient de considérer également le pourcentage que cela représente par rapport à la totalité de la population russe en âge de voter. Le produit du taux de participation, 59%, par le taux obtenu par Russie Unie, 58%, donne le résultat de 34%.
Cela signifie donc qu’un citoyen russe sur 3, en âge de voter, à apporter sa voix au parti présidentiel. Ce chiffre donne alors une autre dimension au soutien réel du pays vis-à-vis de son président, et de sa politique.
La représentation parlementaire
Enfin, il convient de regarder le nombre de sièges obtenus par le parti présidentiel. À nouveau, « Russie Unie » obtient en 2026 son meilleur résultat des 3 derniers scrutins législatifs, avec 355 sièges sur 450. Cela signifie que le parti présidentiel a obtenu 79% des sièges, avec ….58% des voix…. Cette comparaison constitue un indicateur de ‘l’optimisation de la découpe électorale’ mise en place par le régime…
Le choc final consiste à rapprocher le pourcentage de voix du parti présidentiel par rapport à l’électorat, soit 34%, avec le pourcentage des voix du parti au parlement, 79%.
Les autres partis, Parti Communiste, et LDPR (nationalistes) soutenant politiquement Vladimir Poutine, ont connu des résultats contrastés. Le premier a perdu 17 sièges, et le second en a gagné 4, obtenant respectivement, 40 et 25 sièges. Concentration donc renforcée autour du parti présidentiel, objectif du pouvoir.
Apparaît ainsi l’image de la réalité ‘démocratique’ du régime en place dans la Fédération de Russie. On ne peut parler d’élection, puisqu’il n’y a pas de liberté de candidature, ni de représentation proportionnelle, puisqu’il y a sur-représentation du parti présidentiel.
Ne pourrait-on pas être tenté d’évoquer un « décor Potemkine » mais, cette fois, dans la vie institutionnelle russe… et vis-à-vis des 111 millions de russes du corps électoral ?

