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Publication de Gérard Vespierre

‘Édito’

Chaque semaine mon analyse des événements majeurs, et les perspectives de leur évolution.

17 septembre 2026

Renouvellement du Parlement russe : Élection ou …scrutin ?

Le renouvellement de la Douma se déroule du 18 au 20 septembre. Rare moment où les citoyens russes se prononcent sur leur représentation politique. Mais, ont-ils le choix ? Les opposants sont systématiquement éliminés, ou interdits. Sans liberté de choisir il n’y a pas d’élection. Il n’y a qu’un scrutin, une réponse, blanc ou noir, oui ou non. Notre emploi du terme, élection, pour la Russie est plus qu’une erreur, c’est une faute. Il attribue au régime une valeur, la liberté, qu’il écrase. Nous lui délivrons sémantiquement un certificat de démocratie, qu’il combat.

Les mots possèdent du contenu. Ils portent du sens. Ils projettent un message….

Si, étymologiquement, le mot élection n’est pas relié, au mot liberté, dans sa dynamique, et au sens opérationnel, ils sont fonctionnellement liés. Pas d’élection s’il n’y a pas une rencontre de deux libertés, celle du candidat et celle de l’électeur. Liberté d’exprimer sa pensée, liberté de s’associer pour ceux qui se sentent proches, liberté de candidater à tout niveau de l’éventail politique, du local au national. En parallèle cette liberté d’expression, et de se présenter, permet au citoyen d’exprimer un choix, son choix.

La suppression de toute opposition

Voyons-nous un tel cadre dans la vie politique en Russie ? Celui qui s’en dégage est plutôt bordé par les interdictions. Interdiction de s’exprimer publiquement, interdiction de se réunir, interdiction de se présenter. Cette volonté de réduire le champ de penser porte la marque du présent régime. Elle s’exprime jusqu’à l’élimination physique des personnes qui revendiquent cette liberté de penser, en exprimant des positions contraires à celles du pouvoir.

Anna Politovskaïa, journaliste reconnue internationalement, couvrait la guerre en Tchétchénie, en s’opposant fortement à la politique de Vladimir Poutine. Elle fut assassinée en 2006, le 7 octobre, jour de l’anniversaire du président russe…

Autre sujet stratégique, pour le pouvoir, l’annexion de la Crimée en 2014, et l’infiltration de troupes russes dans le Donbass. Le leader de l’opposition à cette époque s’appelait Boris Nemtsov. Il s’opposait à la stratégie russe envers l’Ukraine. Il fut assassiné en pleine rue à Moscou le 27 février 2015, à 500m des murs du Kremlin. Nul ne peut se mettre en travers de la route qui mène à Kiev…..

Pratiquement 10 ans plus tard, le nouveau leader de l’opposition Alexy Navalny, après avoir survécu à une tentative d’empoisonnement, mourrait en prison, purgeant une peine de 19 ans de prison pour « extrémisme »… Une nouvelle fois, l’opposition sur le dossier ukrainien, condamnait à la mort le représentant de l’opposition.

Suppression de l’opposition en 2026

Ce renouvellement de la chambre basse du parlement passe par la même stratégie : éviter la présence de candidats d’une opposition structurée. L’élimination du Boris Navalny a été suivie par la poursuite judiciaire des principaux dirigeants des mouvements d’opposition « Fondation anti-corruption » et « Russie du futur ». Leonid Volkov, Maria Pevtchikh, Lyubov Sobol, ont été contraints à l’exil. La femme d’Alexy Navalny s’est également exilée.

Le parti Iabloko, dernier parti libéral et seul parti ouvertement anti guerre, encore légalement enregistré en Russie, a été exclu du scrutin par la Cour suprême russe. Elle a annulé l’enregistrement de la liste fédérale de Iabloko, pourtant validée fin juillet par la Commission électorale centrale….

En dehors du mouvement soutenant Vladimir Poutine, Russie Unie, il ne reste véritablement que deux partis, le parti communiste, et LDPR, qui occupent respectivement 52 et 22 sièges des 450 de la Douma. Seul le parti communiste apporte un soutien ‘modéré’.

Un scrutin et non une élection

Devant une telle situation, il ne peut s’agir d’une élection. Absence totale de liberté, et donc aucune opposition, font de cette consultation électorale, un scrutin, un vote à deux positions, directement en faveur du parti du président, ou des autres partis… qui le soutiennent. Deux choix possibles, donc un scrutin, et non une élection, qui offre une variété de choix.

La lecture des résultats, mêmes entachés de fraudes, donnera cependant quelques indications. Premièrement le taux de participation, même s’il est l’objet d’intervention, marquera-t-il une certaine réticence des citoyens russes à se rendre aux urnes, et donc une marque de désaccord avec le pouvoir ?

Deuxièmement, les partis à l’extérieur du parti présidentiel, bénéficieront-ils d’un mouvement en leur faveur ? Cela indiquerait également un souhait des électeurs de se démarquer d’un soutien direct, et donc total, aux choix de Vladimir Poutine.

Mais le plus important sera de veiller à ne pas utiliser le mot élection, pour un processus russe, qui n’en a pas les moindres fondements.

La liberté ne combat pas pour elle-même. Il faut que les citoyens qui y sont attachés, le fassent pour elle. Autrement, elle s’efface….

Analystes et commentateurs, auront un rôle très important. En parlant d’une ‘élection’ en Russie, ils tordent le sens des mots, et participent à l’effacement de la liberté du peuple russe. Tout aussi grave, ils vident de sens, non seulement leur analyse, mais aussi la démocratie.

La guerre d’influence menée par le Kremlin contre les démocraties, commence avec l’usage de l’arme des mots.