Iran : un État féminicide

CNRI Maryam Radjavi

Article paru sur Latribune.fr le 22 octobre 2019

L’immolation par le feu et le décès d’une jeune femme de 29 ans à Téhéran ont provoqué la stupeur du monde. Au XXIe siècle, on peut mourir ainsi, parce qu’un Etat refuse de laisser des femmes accéder à un stade, et assister à un match de football! Ce tragique évènement est l’occasion de se pencher plus profondément sur le sort réservé aux femmes par le régime iranien.

Elle s’appelait Sahar Khodayari. Les femmes d’Iran ne pourront oublier son nom. Les femmes du monde entier doivent également se souvenir. Déguisée en homme parce que l’accès aux stades n’est pas autorisé aux femmes par le régime iranien religieux fondamentaliste, Sahar s’est faite arrêtée par la police le 12 mars. Son crime ? Être une femme, être une femme supportrice du Club de football de l’Esteghlal de Téhéran. Trois jours de prison, avant d’être libérée… sous caution ! Elle s’est présentée la semaine dernière au tribunal de Téhéran pour être jugée. Elle aurait compris qu’elle encourait entre six mois et deux ans de prison. Elle est sortie du tribunal, et s’est immolée par le feu ce 3 septembre. Deux jours plus tard, elle décédait.

Geste de désespoir, geste de refus, geste d’appel

Désespoir de se voir séparer de sa famille et de sa fille. Geste de refus de la folie des hommes de ce régime. Geste d’appel pour que se lèvent et se mobilisent toutes celles et tous ceux qui, en Iran, et dans le monde entier, sont révulsés par de telles lois et leur application. La FIFA n’a pu rester insensible et inactive devant une telle situation. La fédération internationale a exige des autorités iraniennes – sous peine de sanctions contre la fédération de football nationale – qu’elles autorisent les femmes dans les stades de football « pour tous les matches » et sans restreindre le nombre de places mises à leur disposition.

A ce jour, le régime, pour se dédouaner, a accepté le 10 octobre, devant et sous cette contrainte, la présence de 4.500 femmes à une rencontre de l’équipe nationale iranienne. Téhéran n’a pas annoncé, jusqu’à présent, que les femmes pourront assister à l’avenir aux matchs du championnat ou à d’autres rencontres internationales en Iran.

Ce geste extrême de Sahar Khodayari est en réalité la partie tristement visible d’une situation beaucoup plus vaste et infâmante, celle de la situation des femmes sous le régime iranien actuel. Sahar est-elle la seule victime de ce régime ? Non. Depuis l’arrivée de Hassan Rohani à la présidence de la République islamique d’Iran, ce président, présenté comme modéré (!) a permis la pendaison de 94 femmes.

Au moins une femme pendue par mois

Selon l’agence de presse officielle iranienne Rokna, une femme dont le nom n’a pas été révélé a été pendue, à l’aube, le 25 août 2019 à la prison centrale de Machhad. Arasteh Ranjbar et Nazdar Vatankhah ont été pendues le 23 juillet à la prison d’Oroumieh, après 15 ans de détention. Maliheh Salehian a été pendue le 18 juillet dans la prison centrale de Mahabad. Zahra Safari Moghaddam, 43 ans, a été pendue le 17 juillet, dans la prison de Noshahr. Effroyable liste, effroyable chronologie…

En 75 mois de présidence, 94 exécutions, à ce jour. Au moins une femme par mois exécutée dans les prisons du régime fondamentaliste iranien depuis l’arrivée au pouvoir en août 2013, de ce président, présenté en France, comme modéré, par les lobbyistes du régime. Quel bilan aurait-on s’il ne l’était pas?

Il ne peut être question d’oublier dans ce macabre bilan les hommes qui ont eux aussi subi cet extrême châtiment : plusieurs centaines par an! Certains ont été exécutés au motif qu’ils étaient « ennemis de Dieu ». Fanatisme du fondamentaliste religieux!

Depuis l’arrivée d’Hassan Rohani à la présidence de la République islamique plus de 3.000 pendaisons en Iran recensées par Amnesty International. Par rapport à sa population, l’Iran est le paysqui connaît le plus grand nombre d’exécutions au monde. Macabre record.

Les femmes iraniennes ne sont pas seulement victimes de décisions d’hommes, fondamentalistes religieux, elles sont aussi sous la coupe de leurs lois.

Lois et textes juridiques misogynes

Le texte juridique de référence pour tout Etat réside dans sa Constitution. Même si dans son article 21, la Constitution iranienne proclame : « Le gouvernement doit assurer le droit des femmes à tout égard, conformément aux critères islamiques », elle interdit cependant aux femmes de devenir président de la République ou d’être nommée juge. Ces discriminations se poursuivent naturellement aussi bien dans le Code Civil que dans le Code Pénal.

A titre d’exemple, dans le Code Civil :

Article 1210 : « L’âge de la puberté pour les garçons est de 15 ans, et de 9 ans pour les filles »

Article 1060 : « Une femme musulmane n’a pas le droit d’épouser un non-musulman. »

Article 1133 : « L’homme peut divorcer à tout moment, sans condition préalable ni légale. La femme doit être en mesure d’arguer de raisons valables pour une demande de divorce. »

A chaque moment important de sa vie, la femme ne saurait être l’égale de l’homme. Et nous retrouvons cette même discrimination dans le cadre du Code Pénal.

Dans l’article 104 : « Un mari trompé surprenant sa femme en flagrant délit d’adultère peut tuer le couple fautif sans encourir de poursuites. Ce droit n’est pas reconnu pour la femme dans la même situation. »

Le témoignage, Article 237 : « Le témoignage d’un homme vaut le témoignage de deux femmes, même dans le cas d’un meurtre prémédité. »

Le port du voile. « Les femmes mal-voilées arrêtées en flagrant délit en public encourent une peine d’emprisonnement de dix jours à deux mois et 74 coups de fouet. »

Ce ne sont là que quelques exemples, destinés à concrétiser en quelques phrases, la discrimination négative totale de la femme, dans son essence, sa vie, et ce, quelles que soient les circonstances. Face à tant d’adversité à quoi faut-il s’attendre ?

Les femmes iraniennes relèveront ce défi

Déjà en 2009, les femmes se sont levées lors de la réélection d’Ahmadinejad. Outre, là aussi, le prix du sang qu’elles ont accepté de payer, nous gardons en mémoire les photos de ces femmes, des pierres dans les mains, les lançant contre les forces de l’ordre.

Nous avons vu, et nous nous souvenons, de ces autres femmes qui, en 2018, se sont à nouveau soulevées contre ce régime. L’image de cette jeune femme, en pleine rue, juchée sur une armoire électrique, brandissant le foulard qu’elle venait d’enlever, sublime signe de libération et de soif de liberté. Nous connaissons ce mouvement du « Mercredi blanc/White Wenesday » destiné à perpétuer ce geste et à le répéter dans les villes iraniennes, malgré les grands risques de sanctions,

L’opposition à ce régime à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran est active. Il existe un Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI), dont la présidence est assurée par… une femme, élue, Maryam Radjavi. Ultime clin d’œil de l’histoire, promouvant une femme pour s’opposer au guide suprême, dans l’ultime bataille… ?

Même les femmes bi-nationales sont traquées

Ce régime est féminicide. Il traque même les femmes bi-nationales, anglaises, australiennes, françaises. Plusieurs viennent d’être arrêtées depuis quelques mois. Les motifs sont incertains ou inexistants. Ce qui est certain, par contre, c’est l’insupportable stratégie du régime de faire pression par ce lamentable moyen sur les pays concernés dans le cadre de ses négociations économiques, pétrolières, et nucléaires.

Il nous faut saluer le courage des femmes iraniennes dans leur combat contre le fondamentalisme religieux. Et nous, que faisons-nous ?

Le soulèvement des femmes iraniennes est certainement le plus grand projet de notre temps pour les militants des droits des femmes. Et nous, que faisons-nous ?

La répression dirigée contre les femmes est comme un ultime et sanglant message adressé à toute la société iranienne, par ce régime, pour tenter d’éviter que la société entière ne se soulève contre lui et ne l’emporte. Et nous, que faisons-nous ?