Kharg : «Il ne s’agit pas de détruire [les installations pétrolières], mais d’avoir un poids de négociation», analyse Gérard Vespierre
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Article paru sur l’Europe 1 le 15 mars 2026, Interview de Ugo Pascolo
Alors que Donald Trump menace de mettre à mal les installations pétrolières de l’île de Kharg, centre névralgique du pétrole iranien, Gérard Vespierre avance que Washington n’ira pas jusque-là, au risque de déclencher une « spirale infernale ». Pour le géopolitologue, il s’agit avant tout d’avoir un poids dans la négociation pour faire rouvrir le détroit d’Ormuz.
Un bout de terre de 24 km² au centre d’une guerre internationale. Pierre angulaire de la production de pétrole iranien, l’île de Kharg est un objectif stratégique prioritaire aussi bien pour le régime des mollahs, que pour Donald Trump.
Vendredi, le président américain a d’ailleurs attaqué les infrastructures militaires de l’île, mais pas les installations pétrolières. Et s’il menace de le faire, il ne la mettra pas à exécution, selon le géopolitologue Gérard Vespierre.
Une possible « spirale infernale »
« Je ne crois pas qu’il ira jusque-là, parce que là, c’est un engrenage qui ne voit pas de limite. Il s’agit de détruire la principale richesse pétrolière, c’est-à-dire le débouché pétrolier de l’Iran. Et si les États-Unis et Israël détruisent le débouché pétrolier de l’Iran, alors l’Iran n’hésitera pas à détruire les débouchés pétroliers des pays de la région. »
S’attaquer à Kharg est donc enclencher une « spirale infernale » ajoute encore le chercheur associé à la Fondation d’Etudes pour le Moyen-Orient qui rappelle que Donald Trump est « un homme de communication ».
Dès lors, « il s’agit d’un bras de fer, pas de détruire [les installations pétrolières]. Il s’agit d’avoir un poids de négociation », notamment pour débloquer le fameux détroit d’Ormuz par lequel transite 20% de l’or noir mondial.
Car nous assistons bel et bien à la mise en place d’un « rapport de force entre le blocage du détroit par les Iraniens et la prise de contrôle éventuelle des Etats-Unis de l’île de Kharg. » Et « c’est là que va se jouer le grand jeu de bras de fer pour essayer de faire plier l’autre partie ».
Et pour accentuer son poids dans cet affrontement, Donald Trump pourrait donc, plutôt que de détruire purement et simplement les installations, s’attaquer aux « oléoducs » par lequel transite l’or noir vers l’île avant d’être chargée dans les tankers. « Ça peut être une première étape. »


