Les incertitudes de l’année 2026

Quels que soient les « heurs et malheurs » de l’année nouvelle qui s’ouvre, je souhaite adresser aux fidèles abonnés du Monde Décrypté, et à tous les visiteurs du site, mes plus sincères vœux de bonne santé, joie, et bonheur, pour eux-mêmes, et leur famille. Puissent les incertitudes du monde peser le moins possible sur vous et les vôtres…. !
Les incertitudes de l’est européen
Au moment de rédiger ces réflexions prospectives, les incertitudes demeurent sur un possible cessez-le-feu en Ukraine en début d’année 2026. La fréquence des réunions entre le président Zelensky et ses alliés occidentaux s’accélèrent. Les échanges entre président américain et russe se poursuivent. Nous voyons donc ici des éléments très positifs s’additionner depuis le mois de février 2025. Mais, les drones et missiles lancés de Russie continuent toujours de tomber en nombre sur la population civile ukrainienne, rendant la vie toujours plus difficile. Une rencontre, le 28 décembre, entre les présidents, américain et ukrainien, et leur état-major, a permis d’affiner le projet d’accord en particulier les garanties américaines de sécurité, post-conflit. Mais le ministre russe des affaires étrangères a proclamé, dès le lendemain, que l’Ukraine avait lancé une attaque de 90 drones contre une résidence du président ! invraisemblable scénario, mais probablement destiné à retarder le cours des négociations, et à justifier le durcissement des positions russes. Les premières réactions du président américain donnent crédit au récit russe. Que penser d’une telle attitude ? Naïveté ou tactique délibérer pour garder ouvert, à tout prix, le canal de communication avec le Kremlin ?
La stratégie américaine apparaît sous un tout autre jour si l’on considère les relations américano-russes sur l’ensemble du globe. Au Proche-Orient, la Russie vient de perdre son allié à Damas. Les Etats-Unis ont pris sa place en recevant à la Maison Blanche le nouveau président syrien, une première dans l’Histoire des deux pays…. Autre basculement possible, le Venezuela. Allié stratégique de Moscou en Amérique latine, ce pays est depuis début septembre l’objet d’une pression globale, visant au potentiel renversement du président Maduro… Enfin le régime iranien, autre allié stratégique de Moscou, est en proie aux pires difficultés économiques et politiques. Les manifestations en cours. Les menaces de nouveaux bombardements israéliens et américains peuvent conduire à la chute du régime. Troisième possible basculement des positions géopolitiques russes dans le monde…
Les amabilités sont échangées autour des négociations ukrainiennes, mais les épées sont sorties des fourreaux sur la scène mondiale, entre Washington et Moscou.
Le Kremlin confirme en cette fin d’année sa volonté de poursuivre un affrontement global avec les démocraties européennes à travers ses actions informationnelles, cyber, et hybrides, par drones et sabotages. Cet affrontement diminuera-t-il avec un cessez-le-feu en Ukraine, ou se poursuivra-t-il ? Voilà pour ce qui nous concerne une très importante incertitude à laquelle, toutefois, nous aurons une réponse dans les 12 prochains mois.
Les incertitudes du Proche et Moyen-Orient
La phase 2 des accords de cessez-le-feu à Gaza n’a pas débuté. Le désarmement du Hamas s’avère plus difficile que prévu. Les dirigeant du mouvement viennent d’affirmer leur opposition à un tel processus. Un bras de fer risque donc de s’engager, retardant la mise en place d’une nouvelle gouvernance du territoire, et les perspectives de reconstruction.
Au Liban, Israël est confronté aux mêmes difficultés de désarmement avec la milice Hezbollah. Les Etats-Unis poussent aussi très fortement au déroulement rapide de la démilitarisation de ce mouvement. L’armée libanaise dispose de moyens limités, et fait face à un jeu politique intérieur. Washington considère que le gouvernement à Beyrouth accorde une priorité insuffisante à ce programme. Il a d’ailleurs montré sa mauvaise humeur, récemment, en annulant au dernier moment une visite à Washington du chef d’Etat-Major de l’armée libanaise. Cette situation laisse la possibilité à Israël de continuer à mener des frappes sur toutes les infrastructures militaires du Hezbollah que Tsahal souhaite voir détruites. La poursuite de ces bombardements alors qu’un accord de cessez-le-feu est en place depuis fin 2024, ne constitue pas une situation tenable dans le temps. Elle pourrait conduire à une reprise plus large des combats…
Un peu plus loin, le régime de Téhéran sort très affaibli de l’année 2025. La disparition de son allié Syrien, le profond affaiblissement du Hezbollah au Liban, et la forte réduction des capacités du Hamas, constituent un démantèlement de sa politique de domination régionale. Les Gardiens de la Révolution sont les grands perdants de ce repli… Il s’y ajoute leur incapacité à mener des frappes destructrices sur Israël, et à empêcher les bombardements israélien et américain sur les installations nucléaires iraniennes. Les trois piliers du régime, les Gardiens et les programmes de missiles, l’influence régionale de l’Irak au Liban, et la stratégie nucléaire, ont ainsi été profondément mis à mal en 2025. Le régime est donc en échec dans les 3 orientations qu’il a mis en place depuis 1979. Ces choix militaires très coûteux, associés à la baisse des revenus pétroliers, à laquelle s’ajoute la corruption généralisée, expliquent le délitement de l’économie iranienne et la vertigineuse baisse de la monnaie depuis 1979. Les manifestations au Bazar de Téhéran le 28 décembre, sur fond de crise financières, associées aux grèves sectorielles et aux coupures d’eau et d’électricité, vont-elles s’élargir aux grandes villes, puis au reste du pays ? La crise politique s’exprime par les querelles entre factions politiques au parlement, et les discours totalement déconnectés de la réalité, prononcés par le guide suprême. Malgré les sanglantes répressions judiciaires, le régime et la population sont au bord de l’affrontement.
La prochaine révolution iranienne se déroulera-t-elle en 2026 ?
Les incertitudes en Mer de Chine
En haut de la carte, la Corée du Nord apparaît comme le premier foyer de tension. Il convient de rappeler que la partition coréenne (initialement temporaire) est née en Février 1945 à Yalta, par la volonté soviétique de ne pas laisser l’armée américaine se déployer dans la totalité de la péninsule coréenne pour y désarmer l’armée japonaise qui s’y trouvait depuis 1910. Washington de son côté ne souhaitait pas que pour cette opération, l’armée soviétique prenne le contrôle de toute la péninsule coréenne….
La Corée du Nord, née dans le giron de l’URSS, et alimentée par la Chine (1er client, et 1er fournisseur) n’agit donc que dans l’intérêt de l’un, ou de ses deux parrains. Destinée à empêcher la réunification, sa dotation nucléaire a été facilitée par ses parrains. Elle exerce une pression militaire supplémentaire, sur ses voisins non nucléaires, Corée du Sud et Japon. De plus, elle permet de menacer les Etats-Unis sans que Pékin prenne la parole. Nous devons nous attendre à la continuité de cette stratégie dans les 12 prochains mois
Le développement continu, et accéléré depuis une dizaine d’années, de la puissance militaire chinoise donne aux tensions régionales une intensité supérieure.
La Chine est en conflit avec le Japon concernant la souveraineté sur des îles Senkaku actuellement japonaises. En mer de Chine méridionale, Pékin refuse les délimitations maritimes concernant les îles Paracels, impliquant le Vietnam, et les îles Spratleys impliquant principalement les Philippines, mais aussi la Malaisie. Enfin, la revendication principale concerne naturellement Taïwan.
Les déclarations très énergiques de Sanae Takaichi, récente Première Ministre du Japon, au sujet du statut de Taïwan, ont élevé le niveau de tension avec le gouvernement chinois. Les opérations militaires aériennes et navales de l’Armée populaire n’ont jamais été aussi nombreuses, et proches des limites des zones maritimes, à l’image de celles effectuées en ce mois de décembre Le Japon vient de hisser son budget militaire 2026 à 50 milliards d’euros, donc au niveau de celui de la France…. Elle dispose grâce à la combinaison astucieuse d’emploi de navires type porte-hélicoptères et du F-35 américain, à décollage et atterrissage vertical, de deux véritables (petits) porte-avions. Les porte-avions classiques, moyens de projection de forces, donc offensifs, ne lui sont pas accessibles dans le cadre de sa Constitution et donc de sa doctrine militaire. Tokyo dispose néanmoins, grâce à ses deux navires, d’une capacité militaire marine et aérienne, pour sécuriser ses îles, contestées par la Chine.
En 2026, nous devons donc nous attendre à la poursuite des tensions militaires entre le Japon et la Chine, avec la poursuite d’une contribution militaire russe.
Le troisième volet des tensions en Mer de Chine concerne Taïwan. D’un point de vue stratégique, la probabilité d’une intervention militaire chinoise à grande échelle contre l’île, doit être considérée comme très faible. Un tel conflit aurait un impact immédiat sur le commerce mondial de Pékin avec tous les pays occidentaux. Or l’exportation dans ces mêmes pays est cruciale pour son économie, et encore plus depuis la très faible croissance de son marché intérieur. Conquérir un territoire abritant 25 millions de personnes, avec 160km de détroit maritime à traverser, face à une opposition occidentale, serait très complexe et coûteux. Pékin privilégiera la continuité d’une pression militaire associée à une action d’influence intérieure. Conquérir les esprits d’abord.
Le quatrième volet de l’arc de crise de la Mer de Chine, s’articule autour des îles et récifs réclamés par Pékin au nom de la « carte des 9 traits » délimitant selon elle ses frontières marines, et donc ses droits. Les principaux heurts vont se maintenir en 2026 avec les Philippines. Depuis deux ans, les États-Unis ont renoué avec Manille, et ont planifié des investissements de plus de 2 milliards de dollars, dans la construction de points d’appui aériens, et de facilités portuaires.
Étant donné la présence de 4 volets de friction entre la Chine et ses voisins, on doit s’attendre en 2026 à voir le niveau de tension s’élever dans la zone maritime asiatique.
Les incertitudes africaines
Elles concernent à la fois l’ouest africain, le Sahel, et la partie centre-est du continent (RDC, Rwanda, Soudan, Somalie). Si les événements s’y déroulent à plus bas bruit, il ne s’y déroule pas moins « un grand jeu » dont les puissances mondiales principales ne sont pas absentes. Chine, Russie, Etats-Unis, voient croître leur présence et leurs infrastructures militaires, ou leur recherche d’infrastructures. Dans une autre catégorie de puissances, Turquie, EAU, Iran, et Arabie Saoudite y jouent aussi leur partition.
Bien que le continent africain soit un partenaire humain et économique important pour l’Europe, cette dernière à l’image du repli français actuel, n’y joue pas le rôle que sa proximité et ses intérêts lui dicteraient de jouer.
Les incertitudes sont hélas, ici aussi, nombreuses. Elles concernent aussi bien les conflits à haut bruit, entre RDC et Rwanda et celui à l’intérieur du Soudan, que les mouvements djihadistes agissant à plus bas bruit, dans le Sahel et au Nigéria. Les frappes récentes et importantes menées par les Etats-Unis au Nigéria constituent un fait important et nouveau. Elles ne pourront pas supprimer l’existence des mouvements affiliés à l’Etats Islamique, mais elles vont les affaiblir et réduire leur capacité d’action pour une partie de cette année.
Une inconnue importante concerne l’évolution de la situation politico économique autour de Bamako, capitale du Mali. L’étau économique que le mouvement de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a développé ces derniers mois autour de la ville aboutira-t-il à la chute de la junte au pouvoir, ou sera-t-il utilisé à des fins de négociations en position de force ? La réponse à cette alternative est très importante car elle impacte à la fois, l’avenir du Mali, l’implication des forces russes dans le pays, et le devenir des deux voisins, Burkina Faso et Niger.
Les incertitudes africaines seront donc présentes au rendez-vous de 2026.
A l’évidence l’arrêt du flot des morts et des blessés serait pour les citoyens ukrainiens et russes un immense soulagement. Même si ce conflit se dirige vers un très souhaitable cessez-le-feu, le bouillonnement mondial ne devrait pas cesser. L’arc de crise de la Mer de Chine, sans prendre le relais de l’arc de crise de la frontière russe, en termes d’intensité, devrait s’imposer par la diversité de ses foyers, et la puissance des intervenants.
Le Proche et le Moyen-Orient ne sont pas exempts d’obstacles qui pourraient conduire à des dérapages. Mais la volonté américaine d’apaiser cette région et de poursuivre la stratégie des accords d’Abraham, constitue une importante ligne directrice vers l’apaisement.
L’Afrique dans sa diversité, porteuse de ses fissures et conflits, restera un foyer auquel nous devons porter une attention particulière et renforcée, car situé à notre porte, sud.
Au cours de cette année nouvelle nous devrons donc garder un œil très attentif sur les 360 degrés de notre globe. Souhaitons que nous puissions garder sous contrôle l’ensemble de ces foyers d’incertitudes, comme nous avons su le faire depuis ….le 8 mai 1945 !


