« La résistance iranienne s’organise à Berlin », analyse Gérard Vespierre ENTRETIEN

Article paru sur le site de valeurs actuelles le 12 février 2026
Le 7 février, à Berlin, plus de 10 000 opposants au régime iranien, de diverses tendances politiques, se sont rassemblés pour protester contre les Mollahs. Gérard Vespierre, Analyste géopolitique et fondateur du média en ligne “Le monde décrypté”, analyse la résonance de cette manifestation.
Valeurs actuelles. Quelle est la signification de la manifestation qui s’est tenue le 7 février à Berlin ?
Gérard Vespierres. La révolte profonde, et récente, du peuple iranien, confère une importance particulière à tout événement impliquant l’opposition au régime en place. Tel est le cas du rassemblement du 7 février à Berlin qui a réuni plus de 10.000 opposants. Celui-ci a été l’occasion de jeter un regard nouveau sur cette résistance intérieure, malheureusement peu visible, mais soumise à une sanglante répression intérieure.
Ce rassemblement était organisé par le Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI), créée en juillet 1981 à Téhéran, deux ans après l’avènement de la République islamique. Son opposition au régime, et la répression, l’a conduit a quitté l’Iran et à s’installer… en France. Son instance dirigeante repose sur un parlement de 500 membres, regroupant cinq organisations de résistance, dont la principale est l’Organisation des Combattants (Moudjahidines) du Peuple Iranien (OMPI) créé en Iran en 1965.
Cette réunion, place de Brandebourg, est la plus récente des nombreuses manifestations organisées dans les pays européens par le CNRI. L’Allemagne accueille la plus importante communauté iranienne en Europe. La révolte en Iran a galvanisé la diaspora iranienne, qui continuera d’apporter un soutien encore plus résolu aux membres de leurs familles restés en Iran.
Quelle est la particularité de ce rassemblement ?
Un des points forts du rassemblement fut la présence d’organisations exprimant la diversité de la nation iranienne, telles que des populations kurde, azerbaïdjanaise, baloutche, arabe et turkmène. Ces cinq minorités représentent plus de 30% de la population du pays.
Pour la première fois, deux partis kurdes se sont exprimés dans une manifestation publique organisée par le Conseil National de la Résistance iranienne. Les propos du porte-parole du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, Sasan Khatuni, ont été particulièrement clairs. « Nous sommes réunis aujourd’hui pour faire savoir à la communauté internationale et aux organisations de défense des droits de l’homme que la lutte contre le régime criminel des mollahs se poursuivra jusqu’à son renversement », a-t-il assuré.
Djalal Khochkal, représentant le Parti de l’organisation du Khebat (combat) du Kurdistan d’Iran a, lui aussi, exprimé la nécessité pour les pays européens « d’expulser les diplomates du régime et à fermer leurs ambassades » en réponse aux massacres perpétués. Lees minorités baloutches et arabes, mais aussi des Azéris, étaient représentées par de nombreux drapeaux.
Voit-on se dessiner un mouvement politique cohérent qui pourrait mener la résistance du peuple iranien vers un régime démocratique ?
À Berlin, sont ainsi apparus les premiers signes de la naissance d’un front républicain en Iran : une union populaire dépassant aussi les courants religieux. La République Islamique a mis en place la domination absolue du religieux, avec un guide suprême, dirigeant la totalité de la structure politique. L’orientation politique fondamentale exprimée à Berlin appelle à la construction d’une République, démocratique, séparant le séculier du religieux, comme l’a exprimé Maryam Radjavi, présidente du CNRI.
De plus, la République islamique actuelle affirme la domination absolue du courant chiite de l’islam. Le choix de l’opposition réunie à Berlin est de réserver le religieux au domaine privé. Cette option fondamentale permet alors de réunir des mouvements politiques, porteurs de différents courants de pensée depuis les démocrates musulmans (OMPI) jusqu’à la gauche marxiste (Fedayin du peuple) englobant aussi plusieurs écoles de la religion musulmane. Cette convergence entre les sunnites, Kurdes, Baloutches, arabes, et les chiites fortement majoritaires en Iran s’est exprimée à Berlin. Et elle représente une large assise populaire, nécessaire pour gouverner un Iran démocratique demain.
Enfin, cette participation pleine et entière des minorités ethniques concrétise un des objectifs du plan en dix points du CNRI : l’autonomie des territoires où vivent ces minorités. Cette orientation se situe, à nouveau, à l’opposé de la politique actuelle qui opprime Kurdes et Baloutches. Ce front républicain ne cherche ni compromis, ni intervention étrangère, mais un changement de régime par le peuple iranien lui‑même, dans sa diversité, et avec une option fondamentale, scandée par la foule « ni shah, ni mollah ».
Dans sa prise de parole, la présidente du CNRI Maryam Radjavi a rappelé que son mouvement avait renversé le Shah et qu’il renverserait les Mollahs. Ce rappel historique indique le rôle majeur joué par un mouvement enraciné dans la population. Telle est la mission des Unités de Résistance dont elle a confirmé l’existence.
Concrètement, comment s’organisent ces unités de résistance de l’OMPI?
Il s’agit de milliers de petites cellules de cinq à dix membres, couvrant tout le territoire, structurées autour de l’OMPI. Depuis plusieurs années, elles ont développé à l’intérieur du pays un esprit de résistance. Leurs actions couvrent aussi bien les attaques au cocktail molotov des bâtiments de l’administration, la destruction des symboles du régime, de statues ou de panneaux publicitaires, que les tags nocturnes de slogans sur les murs…
Ces milliers de cellules ont participé à faire passer en quelques jours, une grève dans le bazar de Téhéran au soulèvement national qui s’est déroulé en janvier. Malgré la terrible répression elles restent essentielles pour les mouvements futurs.
Cette manifestation berlinoise a-t-elle été soutenue par des figures politiques occidentales?
Ce rassemblement berlinois a servi de tribune à de nombreuses personnalités, européennes et américaines. L’ancien Secrétaire d’État Mike Pompéo, ou encore Charles Michel, ancien président du Conseil Européen, et plusieurs anciens ministres allemands étaient présents aux côtés des manifestants. Tous ont affirmé leur soutien à l’avènement d’un nouveau régime politique démocratique en Iran, soulignant de façon unanime le rôle qu’y joue le Conseil National de la Résistance Iranienne.
Le classement, le 29 janvier, des Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste, par les ministres des affaires étrangères de l’Union Européen, représente une autre étape du soutien international. Mais, cette manifestation à Berlin du 7 février 2026, apparaîtra très certainement avec le recul, comme une étape, iranienne et forte, sur le chemin d’un nouvel Iran.


