Guerre au Moyen-Orient : le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, bientôt bloqué par les Houthis ?

Article paru sur Europe 1 le 31 mars 2026 – Par Amélia Porret

Principal moyen de pression du régime iranien, la fermeture du détroit d’Ormuz est un goulet d’étranglement pour l’économie mondiale. Mais un autre passage stratégique est au cœur des enjeux. Téhéran menace désormais de bloquer la navigation à Bab el-Mandeb, entre le Yémen et Djibouti.

Au 31ème jour de la guerre au Moyen-Orient, Téhéran maintient la pression sur le détroit d’Ormuz, son bloquage entravant l’exportation du pétrole et du gaz mais aussi l’approvisionnement en denrées essentielles.

Après avoir affirmé autoriser le passage de « navires non hostiles », les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé, sur leur site Sepah News, que cette route stratégique était fermée aux navires appartenant aux États-Unis, à Israël et à leurs alliés.

Un autre point de passage des pétroliers et navires commerciaux se situe dans le golfe d’Aden, au sud de la mer Rouge. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le détroit de Bab el-Mandeb est devenu essentiel pour relier le port de Yanbu, en Arabie saoudite. Désormais, il est dans le viseur de Téhéran.

Un plan de secours à l’Ouest

Pour contourner le détroit d’Ormuz et retarder la pénurie de pétrole, les pays du Golfe ont dû trouver des alternatives. L’Arabie saoudite a notamment réorienté ses exportations de brut vers la mer Rouge, s’appuyant sur sa pipeline « Est-Ouest », qui relie sur 1.200 kilomètres le gisement pétrolier d’Abqaiq, près du golfe Persique, au port de Yanbou.

Avec une capacité théorique de cinq millions de barils de pétrole par jour, auxquels peuvent s’ajouter deux millions de barils réservés au transport de gaz de pétrole liquéfié (GNL), cet oléoduc de secours a été conçu pour assurer l’acheminement de pétrole en cas de blocus maritime à l’Est. Toutefois, l’exportation via le port de Yanbou est limitée à environ 4,5 millions de barils par jour.

Autre problème majeure, le couloir de Bab el-Mandeb, situé à l’extrémité sud de la mer Rouge, emprunté par les pétroliers, est dans le viseur de l’Iran. Avec l’intervention des Houthis, le régime des mollahs pourrait obtenir sa fermeture.

La menace houthiste

Ormuz déjà sous pression, Bab el-Mandeb est désormais menacé par les Houthis, qui contrôlent une partie du Yémen.

« Il y a une racine historique » dans la nature des liens de ce groupe avec l’Iran, explique le chercheur et analyste géopolitique Gérard Vespierre, qui souligne un « alignement parfait entre le mouvement d’obédience chiite et Téhéran ».

Après le 7 octobre 2023, les Houthis avaient déjà ouvert un front de soutien à ses alliés du Hamas sous le patronage de l’Iran en bombardant des navires en mer Rouge, conduisant la plupart des compagnies à faire des détours.

Discret depuis la trêve avec les Israéliens et les États-Unis, le groupe rebel du Yémen vient de revendiquer ses premières attaques contre Israël depuis le début de ce nouveau conflit. « Il y a un phénomène d’attente », dans la stratégie de riposte de l’Iran, analyse le chercheur associé à la Fondation d’Étude pour le Moyen-Orient (FEMO) : « après avoir lancé le Hezbollah, l’Iran lance les Houthis ».

Ces derniers se disent prêts à frapper dans la région de Bab el-Mandeb, entre d’un côté Djibouti et l’Érythrée en Afrique, et le Yémen. Idéalement placés pour agir, disposant d’environ « 300 à 400 kilomètres de côtes le long de la mer Rouge », ils n’auraient aucun mal à s’en prendre aux navires.

« On est actuellement à un carrefour »

Si le passage, par lequel transite environ 15% du commerce maritime mondial en valeur, venait à être bloqué, « le choc serait incontournable ». Alors que pour aller vers l’Europe, les navires empruntent le canal de Suez en passant par Bab el-Mandeb, ils seraient obligés de contourner l’Afrique, « allongeant les délais de quinze jours et engendrant nécessairement des coûts supplémentaires ».

Toutefois, une action ciblée sur le détroit de Bab el-Mandeb n’est « pas à l’ordre du jour », tempère Gérard Vespierre. Les Houthis se montrent prudents face aux risques de représailles. Un blocage total serait militairement complexe et impliquerait une escalade majeure avec les puissances occidentales.

Dans ce contexte, les États-Unis continuent de renforcer leur présence militaire au Moyen-Orient : « les États-Unis ont tout ce qu’il faut pour passer à l’action », rappelle le chercheur, qui formule trois hypothèses.

D’une part, « le gonflement des effectifs terrestres et maritimes américains sont un moyen de pression sur un système iranien abîmé », ce qui pousse en faveur de négociations. Dans un autre scénario, les États-Unis pourraient lancer une opération sur l’île de Kharg pour prendre le contrôle du pétrole iranien, forçant la main à l’Iran pour la réouverture du détroit d’Ormuz.

Une autre issue possible serait le remaniement du régime iranien ou bien le renversement de la République islamique. « On est actuellement à un carrefour », estime Gérard Vespierre. « Le problème, c’est le temps », avec un phénomène d’usure à l’échelle internationale, conclut-il.