Nouvelle orientation géopolitique franco-marocaine, ouverture vers les provinces du sud.

France Maroc

Article paru sur le site du média L’Opinion le 28 juillet 2026

Le partenariat d’exception, renforcé, entre la France et le Maroc a vu le jour en 2024, avec le renouveau des relations entre les deux pays. Le président français fut reçu à Rabat dans le cadre d’une visite d’État. Emmanuel Macron acta, à cette occasion, la pleine reconnaissance par La France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cette nouvelle orientation, et impulsion, ouvrait la porte à une très large coopération, très structurée. La rencontre de Haut-niveau entre les deux premiers ministres, le 16 juillet, vient de fournir le cadre d’une nouvelle étape politique et économique, vers les provinces du sud.

Gérard Vespierre, analyste géopolitique décrypte l’évolution de la relation franco-marocaine qui s’articule désormais autour des provinces du Sud.

L’année 2026 avait déjà commencé avec des rencontres politiques importantes entre Paris et Rabat. Début février, Gérald Darmanain, ministre de la justice s’est rendu, en visite officielle, à Casablanca et Rabat. Il a pu y rencontrer son homologue, Abdellatif Ouahbi, mais aussi le ministre de l’intérieur, Abdelouafi Laftit. Trois sujets principaux figuraient à l’ordre du jour, lutte contre le narcotrafic, le crime organisé transnational, et l’accélération des extraditions.

Trois mois plus tard, le ministre français des Affaires Étrangères se rendait à Rabat dans le cadre d’une conférence internationale concernant la réforme des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Ce fut l’occasion d’aborder la coopération France-Maroc comme moteur de réforme. Le calendrier s’est accéléré avec une réunion, en juillet, des deux premiers ministres.

Les rencontres de Haut-niveau

Ce type de rencontres, parfois appelées commissions mixtes, ou séminaires gouvernementaux bilatéraux, est un format diplomatique très particulier. Il est mis en œuvre par La France avec un nombre limité de partenaires stratégiques. La rencontre de Haut-niveau est co-présidée par les deux chefs de gouvernement, et réunit une dizaine de ministres de chaque pays. Elle est donc très structurée, destinée à couvrir de nombreux domaine, et fixe les priorités pour les années à venir entre les deux États. Elle aboutit donc logiquement à la signature d’aussi nombreux accords structurants, de coopération.

La Rencontre de Haut-niveau du 16 juillet à Rabat.

La 15ème rencontre de Haut-niveau entre le Maroc et La France vient donc de se dérouler, …9 années après la précédente…. Cette longue période d’interruption marque, à la fois, la distanciation des relations pendant une partie de ces années, mais aussi par symétrie, l’importance accordée par les deux pays à sa tenue, et ses conclusions.

Plus d’une dizaine d’accords ont été conclus. Ils couvrent aussi bien, transports-logistique, agriculture et pêche, l’industrie, ou la sécurité. Ils visent particulièrement à réaliser un changement d’échelle dans la relation bilatérale.

Trois projets sont plus particulièrement visibles. La liaison ferroviaire à grande vitesse entre Kenitra (côte atlantique) et Marrakech, prolongeant la LGV depuis Tanger, a fait l’objet d’un financement confirmé par un protocole signé par les deux ministères des finances, et l’Agence Française de Développement (AFD).

Toujours dans le domaine des transports, le projet de RER à Rabat-Salé, destiné à désengorger une agglomération en pleine croissance. L’AFD a signé une convention de prêt pour sa construction.

Enfin, très important pour la situation hydrique du Maroc, un plan global pour la modernisation de la gestion de l’eau, le soutien aux infrastructures hydrauliques. Il a fait l’objet d’une déclaration commune, avec la signature de deux ministères, Affaires Étrangères et Economie, et celle de l’AFD.

Si ces projets sont les plus visibles, ils ne sont pas les plus significatifs d’un point de vue géopolitique.

Implication et engagements dans les provinces du sud.

Dans la droite ligne, et la continuité géopolitique, de la décision française de la reconnaissance de souveraineté sur le Sahara Occidental, La France s’engage dans le développement économique de cette vaste région.

Elle est en effet au cœur du corridor Atlantique, et de sa logistique portuaire, vers l’Afrique de l’Ouest, des projets marocains d’hydrogène vert, mais aussi de sécurité alimentaire, avec l’agriculture en culture aride. L’implication de l’Agence Française de Développement (AFD) dans les provinces du sud, permet aux entreprises françaises d’investir à l’abri de toute ambiguïté juridique, dans ces vaste territoires, 50% de la superficie de La France.

Son implication dans la politique nationale de l’eau touche directement les besoins en dessalement des principales villes du sud, Laâyoune, Dakhla, la gestion des nappes fossiles dans le reste du territoire, et la sécurisation hydrique de ses zones arides.

Le développement des infrastructures portuaires à Laâyoune et Dakhla, constitue un autre impératif de développement régional, en représentant également les projets maritimes les plus importants du Maroc. Les accords entre le CEREMA, centre d’étude français des infrastructures et du littorale et l’institut supérieur d’études maritimes sont destinés à accompagner ces développements. Cette collaboration pourra également s’appliquer au projet de voie express Tiznit-Dakhla, tout le long de la côte atlantique.

La convergence d’investissements publics et privés vers ces projets, va naturellement conduire les populations impliquées vers une considérable amélioration de leur condition de vie.

Ce rapprochement stratégique entre la France et le Maroc montre concrètement que la diplomatie économique peut apporter la paix et le développement à des régions qui pendant des décennies ont été malheureusement exposées à des situations de conflit.