Mix énergétique, la France, un exemple pour le monde…

Article paru sur le site de La Tribune le 18 mai 2026
L’invasion russe de l’Ukraine a créé un premier choc énergétique. Il s’y ajoute maintenant le deuxième choc du blocage du détroit d’Ormuz. Ces crises dessinent deux orientations stratégiques fondamentales. La première, à court terme, concerne des approvisionnements géographiques alternatifs, la seconde pousse à une décarbonation accélérée. La France représente à cet égard un modèle pertinent.
Il est particulièrement intéressant de prendre en considération les analyses faites depuis l’étranger. On y considère que la France, avec sa solide infrastructure de production d’électricité d’origine nucléaire, se trouve en conséquence dans une position forte pour être reconnue comme un modèle pour l’Union Européenne. Cette posture se trouve naturellement confortée par une période de grande volatilité, depuis 7 ans, du prix des énergies fossiles, avec la période Covid, la guerre en Ukraine, et maintenant le blocage du détroit d’Ormuz.
Il est également reconnu que cet avantage nucléaire s’accompagne d’une stratégie de diversification planifiée, autour des renouvelables, mais également du GNL, gaz naturel liquéfié.
Le développement électronucléaire asiatique
Les grands pays industriels d’Asie se trouvent devant une situation particulièrement contraignante. La Chine ne produit que 30% de ses besoins actuels en pétrole. Le Japon et la Corée du sud sont pratiquement démunis de toute ressource d’énergie fossile. Faisant face à une demande énergétique croissante, Ils se trouvent donc dans l’obligation stratégique de se diriger vers d’autres technologies d’énergie.
Un fait particulièrement marquant fut la décision du Japon, en 2025, de revenir à une production d’énergie électrique d’origine nucléaire, devant atteindre environ 20% de ses besoins d’électricité en 2030. De son côté la Chine devrait détenir le 1er parc de centrales nucléaires, dans la prochaine décennie. Enfin plusieurs pays d’Asie, en particulier les Philippines, l’Indonésie, et le Vietnam, se préparent à une production d’électricité nucléaire, dans le cadre de leur stratégie de diversification énergétique.
La Russie et le Vietnam ont récemment conclu un accord inter-gouvernemental afin de développer la première tranche de l’usine nucléaire de Ninh Thuan, sortant de l’ombre un projet qui était mis de côté depuis 2016. Singapore évalue de façon très active une telle production et plus particulièrement à partir de petits réacteurs modulaires (SMR) afin d’améliorer sa sécurité énergétique et d’aboutir à une position d’émission zéro en 2050. Mais une décision formelle reste à prendre.
Par rapport au « modèle français » et à la tendance mondiale, les besoins en GNL connaissent également une demande croissante.
La nécessaire diversification GNL asiatique
La demande asiatique en GNL devrait pratiquement doubler d’ici 2050, atteignant le niveau des 500 millions de tonnes par an. Cet accroissement correspond à une double nécessité. Premièrement, le besoin croissant d’énergie lié au développement de l’IA et des data centers, et deuxièmement la nécessité de réduire la consommation de charbon, dans le cadre des stratégies de décarbonation.
Si la pause américaine dans le développement des infrastructures d’exportation de GNL, un moment envisagé en 2025, est définitivement abandonnée, les États-Unis pourraient représenter un tiers des approvisionnements en GNL de la zone asiatique.
Ce chiffre crée à l’évidence un niveau de dépendance stratégique qui ne peut être ignoré d’aucun pays de la région. Cette situation crée donc une très forte accélération dans l’exploration gazière off-shore dans la région pacifique. La zone privilégiée, dite du triangle de Corail, au nord-ouest de l’Australie, fait l’objet d’une prospection intense.
Elle couvre une zone de 6 millions de km², et implique les eaux territoriales de l’Indonésie, des Philippines, de la Malaisie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Timor-Lesté, et îles Salomon.
Ces projets revêtent donc une importance stratégique pour l’ensemble de la région asiatique. La tenue, à Bangkok, de la plus grande manifestation de l’industrie gazière et du GNL, constitue un choix à la fois judicieux et révélateur…
Une réunion mondiale en Asie.
Comme cela vient d’être annoncé, la capitale de la Thaïlande accueillera en effet, du 14 au 18 septembre, Gastech, le plus grand rassemblement mondial des acteurs, producteurs industriels et consommateurs, de gaz naturel et de GNL. Plus de mille exposants y présenteront leur technologie et services. Les plus grands experts scientifiques et industriels, auront l’occasion d’y présenter leurs dernières avancées dans le cadre de 200 conférences, organisées en trois cercles, stratégique, technique et commerciale, programmes spécifiques (innovation, coopération, talents). Plus de 50.000 visiteurs et participants y sont attendus, donnant une idée de l’ampleur et de l’importance stratégique de l’événement.
Gastech 2026 représentera donc un véritable brassage technologique, industriel et commercial, dans la zone même où va se dérouler dans les prochaines années, le plus grand développement gazier mondial. En effet, à côté du gaz naturel et du GNL seront abordés les développements des technologies hydrogène, la mobilisation financière en faveur de la décarbonation, et les apports de l’IA à l’ensemble du secteur. Ces derniers s’étendent de l’amélioration des process jusqu’à l’optimisation de la consommation.
La France y sera naturellement représentée et très visible par ses leaders industriels. On assiste donc à la confirmation d’un modèle français du mix énergétique dans la zone asiatique.
Cette approche équilibrée est la véritable leçon à retenir ici. La France a montré l’exemple en matière d’équilibre entre ambition
nucléaire, pragmatisme gazier et développement des renouvelables. Il appartient désormais aux autres pays du monde de trouver l’équilibre qui leur convient.


