France-Russie : un affrontement global ?

Poutine Macron visuel

Article paru sur La Tribune le 30 octobre 2026

Il existe plusieurs formes de guerre, pour caractériser les rivalités entre deux États. Depuis plusieurs années, les tensions et les événements directs ou indirects se multiplient entre la France et la Russie, institutionnellement, pas entre les peuples, distants de 1.800 kilomètres. Les institutions russes ont construit, un affrontement stratégique global. Nouveau mais vaste, il se déploie sur le territoire national, en Afrique, et même en Asie Centrale. Il s’agit d’un plan voulu par le Kremlin. Les citoyens français se doivent d’en avoir conscience.

En 2011, à Saint Petersbourg était signé un contrat exceptionnel en présence du président russe, Dmitri Medvedev. Il formalisait la construction par La France de deux navires militaires, porte-hélicoptère de type Mistral. Ce contrat (environ un milliard d’euros) était politiquement remarquable. Il représentait la première fourniture militaire de grande ampleur, d’un pays membrer de l’OTAN, à la Russie, depuis la fin de la guerre froide. La première livraison était prévue en 2014. Cette acquisition comportait naturellement des avantages pour Moscou, mais le Kremlin avait aussi des plans plus stratégiques.

L’annexion de la Crimée, début 2014, et le déclenchement de l’instabilité dans le Donbass, ont forcé La France à suspendre ce contrat, et finalement à l’annuler. Ces décisions géopolitiques sont au coeur du basculement russe, suivi du basculement français. L’invasion de l’Ukraine allait conforter cette opposition.

Les oppositions France-Rusie sur le dossier ukrainien.

Dix-sept jours avant l’invasion de l’Ukraine, le président Français cherchait toujours une solution diplomatique. Le 24 février la Russie envahissait l’Ukraine. Les positions opposées se cristallisaient.

Entre 2024 et 2025 La France, et la Grande-Bretagne, ont fait naître la « coalition des volontaires » une force militaire multinationale de réassurance pour l’Ukraine, après un traité de paix. Moscou critiqua fortement cette initiative en estimant que la présence de pays de l’OTAN en Ukraine, était à l’opposé de ce que la Russie recherchait. Nouvelle opposition.

En mars 2026, le président de la République, proposa aux pays européens, une dissuasion avancée, dans un esprit de rééquilibrage face au cumul des menaces russes, et des incertitudes américaines. À ce jour 10 pays dont La Grande-Bretagne, ont accepté cette évolution d’une dissuasion nucléaire française. Ce mouvement stratégique de réassurance nucléaire de La France, s’oppose aux tentatives russes de déstabiliser la sécurité européenne. A nouveau, une opposition frontale entre Paris et Moscou.

Tel est le cadre des oppositions russo-françaises. Il permet d’appréhender sous un autre jour, l’ensemble des opérations de déstabilisation entreprises par la Russie contre les intérêts français dans le monde, et sur notre propre territoire.

L’affrontement France-Russie en Asie centrale

La France mène en Asie centrale une politique très active, énergétique et technologique, avec des investissements majeurs des entreprises françaises telles qu’Orano, Total Energies ou EDF. La Russie ne veut absolument pas y perdre ses positions, économiques, politiques. Une série d’événements récents en Ouzbékistan, impliquant la Russie, illustrent le niveau d’intensité de ces rivalités, à nouveau, avec… la France.

L’Ouzbékistan a besoin d’accroître rapidement sa production énergétique afin d’accélérer la mise en valeur de ses ressources et de faire face aux besoins en électricité de sa population en forte croissance. EDF, avec plusieurs partenaires internationaux, a entrepris la construction d’une centrale électrique au gaz de 1,6MW dans la région stratégique de Surkhandarya, frontalière du Turkménistan et de l’Afghanistan. Le budget d’investissement dépasse le milliard d’euros.

Or de nombreux événements viennent entraver ce projet. L’interlocuteur ouzbèque d’EDF fut enlevé en plein Paris l’an dernier. Détenu pendant 2 jours, subissant de nombreux sévisses, il fut relâché après une reconnaissance de dettes de 5 millions de dollars et un versement de 200.000 dollars. Sept personnes ont été arrêtées par les autorités françaises. La majorité d’entre eux sont citoyens de la Fédération de Russie. Plusieurs médias ont rapporté le fait que l’enlèvement aurait été orchestré par un homme d’affaires sulfureux proche de Moscou, Bathir Rakhimov, détenteur d’un passeport ouzbèque… et tchétchène.

D’autres obstacles ont également été mis en place par les réseaux russes. Cette centrale doit être alimentée en gaz depuis un champ détenu par une filiale de la société russe Gazprom. Quatre explosions sont venues interrompre la fourniture gazière. Face à une telle situation le président de l’Ouzbékistan a décidé de confier les travaux de remise en état à une société… chinoise…

Les réseaux russes veulent éviter que cette nouvelle usine soit créée en dehors de leurs réseaux industriels, et s’opposent donc aux intérêts français. En parallèle, d’autres positions françaises plus larges et plus historiques sont attaqués sur un autre continent.

L’affrontement France-Russie en Afrique

La Russie a commencé à développer en Afrique une stratégie hybride, militaire et d’influence, à partir des années 2010. Cette phase de retour du Kremlin sur le continent a connu son point d’orgue avec le premier sommet Russie-Afrique, à Sotchi en 2019. La France allait être le principal pays à en payer le prix.

Les processus de désintégration intérieure des pays du Sahel, par la pauvreté, la mauvaise gouvernance, la montée des mouvements djihadistes, et ethniques, ont créé une demande de changement. Il s’y est ajouté un mode opératoire russe, très efficace, faisant de la France un bouc émissaire.

Cette situation allait provoquer des prises de pouvoir par les militaires au Mali (2021), au Burkina Faso (2022), au Niger (2023) et conduire au retrait des forces françaises. Il s’y est ajouté le Tchad en 2025.

L’utilisation massive des réseaux sociaux, la manipulation de l’information, et la motivation de voir partir les forces françaises ont propagé le succès de la stratégie russe contre la présence française, et ses intérêts économiques. Des influenceurs africains sont devenus célèbres allant jusqu’à rencontrer Vladimir Poutine, à l’exemple de Kémi Séba, ou de Nathalie Yamb. Moscou s’est également appuyé sur une stratégie culturelle ouvrant des « Maisons russes » et des espaces culturels au Sénégal, au Togo, et à Madagascar….

La Stratégie russe, globale, a été préparée depuis de longues années. Un tel plan est également à l’œuvre dans notre pays.

La déstabilisation russe en France

La guerre en Ukraine, et la contribution de la France à Kiev, ont ouvert un front inattendu d’actions, sur les installations militaires françaises, et sa base industrielle, qualifiables d’actes d’intimidation.

La base navale de Toulon, qui présente la particularité d’accueillir notre porte-avions nucléaire, nos porte-hélicoptères, et tous nos sous-marins nucléaires d’attaques (SNA) vient d’être survolé par des drones … inconnus… Cela rappelle la même opération au-dessus de la base navale de l’île longue, près de Brest, abritant les sous-marins lanceurs de missiles (SNLE) en décembre 2025….

Des drones inconnus ont également été signalés fin 2025 au-dessus du pôle interarmées de Creil-Senlis, qui accueille notamment des services de la Direction du renseignement militaire (DRM) impliquant les observations satellitaires…

Des installations de la base industrielle de défense, ont également été la cible de telles opérations. L’usine Eurenco à Bergerac produisant des explosifs, et des poudres propulsives a été survolée en novembre 2025. En avril 2026 un drone non identifié a été observé au-dessus de l’usine du groupe Safran, Electronics & Defense, à Fougères, Ille-et-Vilaine. Autre opération d’une autre nature, plusieurs centaines de kilos d’hafnium ont été volés, dans la nuit du 21-22 octobre dans l’usine de Framatome de Jarrie en Isère. Ce métal stratégique est employé dans l’aéronautique, le spatial et le nucléaire.

Qui peut mettre l’ensemble de ces événements sous le signe du hasard ? Personne.

Il y a une volonté organisée, de nuire, de déstabiliser, de se placer en dehors des règles très classiques de la guerre, en agissant de façon impensable il y a seulement quelques années, en dehors des normes, et des codes. Il faut intégrer ces nouveaux dispositifs (drones) et comportements. Un concept nouveau a été créé : la guerre hybride, c’est-à-dire, globalement, l’utilisation des outils de guerre, mais en dehors des normes en place, dans l’ombre….

Le père de cette vision et doctrine s’appelle Valéry Guérassimov. Sa position ? Chef d’État-major de l’armée de la fédération de Russie. Le président de La France a déclaré : « nous sommes en guerre ». Mais il n’y a pas d’arme. Nous sommes dans un affrontement global.